Deux capsules déco débarquent en grande distribution presque le même jour. L'une fête ses trente ans, l'autre raconte une girafe. Voici ce que nous regardons d'un œil attentif, et ce que nous écartons sans regret.
Mai 2026 est un mois dense pour la décoration accessible. Le 14 mai, IKEA a dévoilé en magasin la dixième édition de sa collection laboratoire IKEA PS, trente ans après la première. Cinq jours plus tard, le 19 mai, Monoprix a mis en rayon la collaboration capsule signée Louis Barthélemy, troisième temps fort de sa saison Créateurs printemps-été 2026. Deux gestes très différents, deux manières d'inviter le design dans la maison sans passer par une galerie.
Chez Maison Maray, nous regardons ces sorties avec la même méthode que pour un projet, sans excitation, sans rejet. Une capsule, c'est un objet de mode. Mais bien lue, elle indique aussi une direction, un climat, parfois une matière qui mérite qu'on s'y arrête. Voici notre lecture des deux.
IKEA PS 2026, dix ans de laboratoire.
IKEA PS est un format à part dans la maison suédoise. Lancée en 1995, la série est pensée comme un terrain d'essai, une collection qui prend des risques quand les autres restent prudentes. Pour ses trente ans, l'édition Playful Functionality rassemble quarante-quatre pièces dessinées par une douzaine de designers, dont Henrik Preutz, Mikael Axelsson, Maria Vinka et Lex Pott.
Le fil rouge est revendiqué dès le titre, la fonction comme jeu. Un fauteuil gonflable habillé d'un textile vert, un banc à bascule en bois massif, une chaise qui se suspend au mur comme un objet de décoration, un tiroir secret qui s'ouvre des deux côtés d'une table pour transformer un repas en partie de cartes, et une réédition de l'horloge PS de 1995 en tube replié comme un périscope. La gamme veut amuser, et elle assume.
Disponible en magasin depuis le 14 mai, l'ensemble arrivera en ligne à partir du 1er juin. C'est cohérent avec la philosophie de la série, voir l'objet en vrai avant de le rapporter chez soi, parce qu'une chaise qui se gonfle ne s'achète pas en miniature sur une grille de produits.
« Une capsule bien lue indique un climat, parfois une matière qui mérite qu'on s'y arrête. »
Louis Barthélemy x Monoprix, la girafe diplomate.
Le geste est ailleurs. Louis Barthélemy, artiste français installé entre Le Caire et Paris, a construit sa collection autour d'un récit, celui de Zarafa, la girafe offerte en 1827 par le pacha d'Égypte au roi de France et qui traversa la Méditerranée et la moitié du pays à pied jusqu'au Jardin des Plantes. Une histoire de cadeau diplomatique, de patience, de marche.
De cette fable naît une collection d'arts de la table, de linge de maison, de petits mobiliers et d'objets décoratifs. Une chaise métallique aux accents balcons des années 1950, un plateau laqué, un transat, une lampe, des boîtes à chapeau, des verres et de la vaisselle, le tout marqué de palmes, de soleil et bien sûr de girafes. Les couleurs sont solaires, l'écriture graphique. Une partie textile est produite en partenariat avec Creative Handicrafts, entreprise sociale basée à Mumbai.
La collection est en magasin et en ligne depuis le 19 mai. Volumes limités, comme toutes les collaborations Monoprix, ce qui transforme l'achat en geste rapide, presque éditorial. Trois autres capsules suivront ce printemps, mais celle-ci sera probablement la plus visuelle.
Ce que nous retenons.
- Le banc à bascule IKEA PS, en bois massif, sans plastique, sans surcouche graphique. C'est un objet à durée longue, qui acceptera la patine, qui se réparera. Une bonne pièce de vestibule, ou un assis pour une chambre d'enfant qui grandit.
- Les verres soufflés à la main de la collection IKEA PS. Le soufflage est une technique exigeante, et le voir à ce prix reste un événement. À regarder en personne, l'irrégularité du verre soufflé ne se voit pas en photo.
- Le plateau laqué Louis Barthélemy. Posé sur un buffet sombre, sur un travertin ou un marbre veiné, il devient un point de couleur juste, sans surcharger. Le motif est dense mais la pièce est petite, c'est le bon rapport.
- Le linge de table de la capsule Monoprix. Une nappe, deux serviettes, posées sur une table de marbre clair, suffisent à donner à un dîner d'été un caractère, sans engagement long.
Ce que nous laissons.
- Le fauteuil gonflable IKEA PS. Joli en photo, fragile à l'usage, et incompatible avec l'idée de durée que nous défendons. Un objet de communication, pas un objet de maison.
- Les pièces très imprimées de la capsule Barthélemy, à porter sur un mur ou sur un sol. Un motif aussi affirmé, en grande quantité, fatigue vite l'œil. Mieux vaut le contenir à un petit format, un coussin, un torchon, un plateau, et laisser la pièce respirer autour.
- L'horloge périscope. Bel objet de musée, mais difficile à intégrer dans un intérieur réel sans qu'elle devienne le seul sujet du mur.
Pourquoi nous en parlons.
Maison Maray n'est pas une maison de grande distribution. Mais une partie de notre travail consiste à choisir, à composer, à mêler des pièces uniques à des objets accessibles. Une capsule IKEA bien sélectionnée peut tenir sa place dans un appartement haussmannien, à condition de savoir quelle pièce garder et laquelle écarter. Une collaboration Monoprix peut signer une table d'été sans jamais paraître bon marché, si elle est posée sur la bonne matière, dans la bonne lumière.
L'erreur, c'est d'acheter la capsule entière, par enthousiasme. La bonne pratique, c'est d'en isoler une ou deux pièces, et de leur confier un rôle précis dans la pièce. Le reste reposera sur des matières que nous choisissons par ailleurs, le travertin, le noyer, le laiton brossé, le lin écru. La capsule devient alors un accent, pas une scénographie.
Rendez-vous mercredi prochain pour la suite du journal, sans doute du côté des Matières.


