Pendant des années, le salon de la rentrée a parlé en beige. Cette fois, Villepinte a haussé le ton : de l'aubergine, du verre en fusion, de la terre cuite. Mais sous la couleur, ce qui frappe, c'est la main.
Du 10 au 14 septembre 2026, Paris Nord Villepinte accueillait Maison&Objet dans une version rebaptisée Pulse. L'édition de janvier, elle, deviendra Premier à partir de 2027, et la rentrée assume désormais un rôle à part, plus rapide, plus attentif à ce qui bouge. Le thème, Pulse in Motion, élaboré avec le bureau de tendances NellyRodi, annonce une création qui suit les usages plutôt qu'elle ne les précède. Autour, la Paris Design Week a ouvert près de quatre cents lieux, showrooms, galeries et cours intérieures, jusqu'au 19 septembre.
Les chiffres donnent l'échelle : 1 700 marques venues de 49 pays, dont 450 nouvelles. Mais ce n'est pas l'ampleur qui retient notre attention. C'est ce que les exposants ont choisi de montrer, et la manière dont ils l'ont fait.
La fin de la palette sage.
Après des saisons de lin écru, de pierre claire et de bois pâle, la couleur franche est revenue sans prévenir. Elle ne se présente pourtant pas comme un caprice. Elle s'installe dans la matière même. Jonathan Ausseresse, avec Fervere, superpose verre et émail dans des monolithes dont le nom vient du latin « bouillir » ; SVZ Studio, avec Hermochroma, cuit des poudres de revêtement industriel jusqu'à ce que leurs pigments se mêlent. Franck Genser, lui, signe un fauteuil Décision en frêne teinté aubergine et bleu profond, dans l'esprit de Ruhlmann.
Ce que ces pièces ont en commun, c'est que la couleur n'est pas appliquée, elle est obtenue. Elle porte la trace d'un feu, d'une superposition, d'un temps de séchage. C'est une couleur qui a une profondeur, et c'est ce qui la distingue d'un coup de peinture de saison.
« La couleur qui dure n'est pas celle qu'on pose, c'est celle qu'on obtient. »
Le geste au centre.
Le secteur Fine Craft, avec l'espace In Materia confié à Elizabeth Leriche, consacrait les matières marquées par le temps. Dans les allées, la céramique dominait : les grands vases montés à la main d'Onofrio Acone, qui réinterprètent l'amphore romaine dans une palette méditerranéenne, en sont un bon exemple. L'objet n'y cache rien de sa fabrication, la main reste lisible dans le galbe, dans l'irrégularité d'une paroi.
Même les lumières, souvent associées à la technologie, prenaient un air organique. Les trois lauréats de Future On Stage en témoignent : Baguette Studio travaille la cire végétale et la cire d'abeille, Risette façonne des lampes de carton et de papier, LightMass, de Raw-Edges Studio, imagine des structures lumineuses presque sans poids. Trois façons de dire que la lumière peut être un matériau pauvre, léger, et pourtant très précis.
Ce que cela change dans un intérieur.
Il serait tentant d'y lire une invitation à tout repeindre. Nous y voyons plutôt une permission. Celle d'introduire un seul élément fort dans une pièce calme, un fauteuil profond, un vase de grès, une lampe d'une couleur que l'on n'aurait pas osée il y a deux ans. Le minimalisme n'est pas congédié, il est réchauffé, à condition que l'accent soit fabriqué avec sérieux.
Chez Maison Maray, nous avons toujours défendu cette règle de la pièce unique dans un volume sobre. Elle se vérifie ici une fois de plus : une couleur tient lorsqu'elle est portée par une matière, et une matière tient lorsqu'elle porte la trace de celui qui l'a travaillée. L'ambassadeur de cette édition, le studio valencien Masquespacio, en est le contre-exemple joyeux, lui qui assume la couleur pleine, mais toujours dessinée avec une grande rigueur de composition.
La tendance de la rentrée n'est donc pas la couleur. C'est l'idée qu'un objet doit montrer comment il a été fait. La couleur n'en est que la conséquence visible.
Rendez-vous mercredi prochain pour la suite du journal.


